1 – Choses qui nous manquent (1)

La douce musique des rues remplies de voix familières, invisibles avant qu’on ne parte ailleurs.

L’habitude d’un grille-pain qui saute sans nous surprendre, d’un tapis de bain qu’on s’est promis dix fois de changer, d’un robinet de douche qui coule juste comme on aime, d’un visage voisin croisé chaque matin dans la rue, d’un chemin pris des centaines de fois, d’un arbre du jardin dont on connaît les couleurs à chaque saison.

Ma mère qui est loin, et le poids de cette idée m’empêchant de respirer entièrement, comme si j’étais redevenue enfant.

Être tous là autour du mort et pleurer, habillés du sombre de nos manteaux et de nos âmes, avant de boire et manger et rire ensemble, sur cette terre qui abrite nos ancêtres.

Le goût du beurre sur la tartine.

La pluie d’automne qui berce un long dimanche, ou le cliquetis joyeux sur le pavé de Rouen. Le torrent effroyable qui dévale la pente, ou ce crachin brumeux qui irrite et rougit ma peau. Le froid de janvier qui fige les flocons dans le silence sourd de leur chute et ralentit le temps.

L’odeur du jardin fraichement coupé et les frissons humides de mes pieds nus verdis.

L’odeur de la rue, chaque ville la sienne, où se mêlent les parfums chics des cheveux des passantes, des effluves échappés des arrière-cuisines de restaurants qu’on connaît. Et puis aussi l’air sec urbain qui gratte le fond de gorge, la pollution annoncée par le sms d’alerte quotidienne ressentie dans nos corps. Les manques ressemblent parfois à des vices qui demandent du temps pour disparaître.

Draguer en français.

Recevoir son journal à la maison, entendre le bruit du dépôt dans la boite aux lettres, les pas du facteur, ouvrir la boite, ouvrir le journal, pousser le café chaud pour faire place, lire dans le silence de la maison familiale, quand tout le monde dort encore.

Revenir. Quand, comment… imaginer tant de fois ce moment, même quand il est impossible.

1 thought on “1 – Choses qui nous manquent (1)

  1. Il y a quelque chose d’étonnant dans ces listes, c’est aussi ce qu’elles disent de ce que nous pouvons avoir en commun lorsqu’on se retrouve dans celles des autres. Et c’est peut-être une de leurs forces.

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